Savez-vous que la Bible est un livre catholique ?

Une Bible ouverte
Une Bible ouverte

La Bible raconte l’histoire de l’alliance que Dieu a scellée avec les hommes. Pour les chrétiens, la Bible est Parole de Dieu. C’est cette Bible, compilée par l’Église à la fin du 4e siècle, que les fidèles étudient et méditent. Toutefois, cet attachement légitime à la Bible ne peut être dissocié de la fidélité à la Tradition et au Magistère. Écriture Sainte, Tradition et Magistère sont en effet les trois sources indissociables de notre foi catholique.

La fondation de l’Église et du Magistère

L’intention de Jésus n’était pas de nous laisser un livre. Lui-même n’a rien écrit, juste quelques lettres dans le sable dont nous ne savons rien. Mais Jésus a choisi de bâtir une Église qui soit son corps mystique. Et c’est ce qu’il a fait : il a dit à Pierre : « Tu es Pierre (– tu es un roc –) et sur ce roc, je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18). Non seulement, Jésus a bâti son Église sur Pierre, mais il a fait mieux que cela car il a promis de ne jamais l’abandonner et cette promesse tient toujours dans notre 21e siècle. Jésus avait bien dit à ses apôtres : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Il leur a donné le pouvoir de « lier » au ciel et sur la terre (Mt 18, 18) et celui de leur apprendre à enseigner ce qu’il a commandé (Mt 28, 20), promettant de les guider « dans la vérité toute entière » (Jn 16, 13). C’est-à-dire que Jésus a donné à ses apôtres l’autorité de le représenter et d’enseigner en son nom : « Celui qui vous écoute m’écoute » (Lc 10, 16). Les apôtres ont été la première autorité enseignante de l’Église, ce que nous appelons maintenant le « Magistère », un mot qui vient du latin « magister », qui signifie « enseignant, maître d’école ».

L’Écriture et la Tradition

Les apôtres ont d’abord prêché l’Évangile oralement. La Tradition (le mot « tradition » veut dire « transmission », c’est-à-dire ce qui est transmis) orale a précédé de plusieurs décennies les premiers livres de ce qui allait devenir le Nouveau Testament. Plus tard, certains apôtres ou leurs disciples ont choisi d’écrire, sous l’inspiration divine, le message de l’Évangile qu’ils avaient reçu de Jésus et qu’ils avaient eux-mêmes prêché oralement.

Ainsi, Dieu a choisi de donner à l’Église non seulement l’Évangile écrit, mais aussi celui transmis oralement. Les deux sont complémentaires, les deux sont indissociables et les deux nous ont été transmis par l’Église. L’évangéliste saint Jean écrit d’ailleurs : « Il y a encore beaucoup d’autres choses que Jésus a faites ; et s’il fallait écrire chacune d’elles, je pense que le monde entier ne suffirait pas pour contenir les livres que l’on écrirait. » (Jn 20, 25). Tout ce qui était nécessaire aux croyants n’a donc pas été écrit dans la Bible, comme le suggèrent de nombreux protestants. Les enseignements qui ont été transmis oralement coïncident avec les Écritures, même s’ils n’y sont pas développés explicitement. Ils en sont complémentaires et ne contredisent jamais les textes sacrés.

Les premiers chrétiens et leurs successeurs

Les premiers chrétiens savaient que l’Évangile avait été transmis à la fois par écrit et par la tradition orale des apôtres. Saint Paul lui-même en témoigne : « Ainsi donc, frères, tenez bon, et gardez ferme les traditions que nous vous avons enseignées, soit de vive voix, soit par lettre. » (2 Th 2, 15). Ce verset porte le poids de l’autorité, car l’apôtre y exhorte ses lecteurs à s’accrocher aux vrais enseignements et à ne pas être trompés par d’autres enseignements.

Une autre recommandation nous est donnée par saint Pierre : « Car vous savez cette chose primordiale : pour aucune prophétie de l’Écriture il ne peut y avoir d’interprétation individuelle, puisque ce n’est jamais par la volonté d’un homme qu’un message prophétique a été porté : c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu. » (2 P 1, 20-21). Nous voyons clairement que la seule autorité d’interpréter l’Écriture revient aux hommes que Jésus a choisis pour être l’autorité enseignante de l’Église, c’est-à-dire ce que nous appelons le Magistère.

Avant leur mort, les apôtres ont ordonné et désigné des évêques pour leur succéder, pour surveiller les communautés et sauvegarder l’Évangile qui leur avait été transmis. Ils devenaient ainsi la nouvelle autorité enseignante, le Magistère vivant, par le don de l’Esprit Saint qui leur était donné par l’imposition des mains. Ainsi donc, aujourd’hui, le pape et l’ensemble des évêques en communion avec lui forment toujours ce Magistère vivant de l’Église, Magistère dépositaire de l’autorité exclusive d’interpréter l’Écriture à la lumière de la Tradition.

Le canon officiel

Il faudra attendre l’an 382 de notre ère pour que l’Église, sous le pape Damase 1er, confirme la liste des livres d’inspiration divine : 27 livres composent le Nouveau Testament et 46 livres l’Ancien Testament, ce que certains Pères de l’Église avaient déjà indiqué. Cette liste s’appelle le « Canon des Écritures ».
Beaucoup d’écrits de l’époque se prétendaient d’inspiration divine, mais les 27 choisis pour constituer le Nouveau Testament avaient une origine apostolique, concordaient avec la Tradition transmise par les apôtres et étaient largement répandus dans les premières communautés chrétiennes. Ce sont ces livres-là seuls qui ont été retenus pour intégrer le Canon. Bien que le désaccord sur le sujet ait été une réalité parmi certains chrétiens, l’Église, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, a donc discerné ce qui devait être inclus dans le Canon. Nous nous référons maintenant à la collection de ces livres en tant que « Bible », qui vient du mot grec pour « livres ».

L’Église a donc compilé la Bible mais en a assuré aussi sa conservation et sa diffusion. Avant l’invention de l’imprimerie, dans les années 1400, posséder une Bible était exceptionnel et coûtait très cher. Cela était réservé aux clercs, aux moines et à de très riches familles. Les Bibles devaient en effet être copiées à la main. Heureusement, les moines du Moyen Âge y voyaient une œuvre d’amour. La Bible était si sacrée pour les catholiques que de nombreux moines passaient des heures chaque jour, non seulement à la copier, mais aussi à décorer magnifiquement le texte par des enluminures. Dès le 13e siècle, ils ont divisé les livres de la Bible en chapitres puis, au 16e siècle, en versets que nous connaissons maintenant. Grâce à tous ces hommes, depuis les Pères de l’Église, nous avons aujourd’hui les Écritures. Pour cette raison, toute personne qui apprécie la Bible devrait être reconnaissante pour le travail formidable effectué par les moines catholiques durant des siècles.

La réforme protestante

L’Église a réaffirmé le Canon de l’Écriture en 1442 puis à nouveau en 1546, après la Réforme protestante. Les réformateurs protestants avaient des opinions contraires à la Tradition et au Magistère, ce qui les a inspirés à rompre avec une Tradition de quinze siècles, à rompre avec le Magistère et à suivre désormais le principe inédit de la « sola Scriptura » (l’Écriture seule). Ce principe permet des interprétations personnelles et diverses de la Bible, parfois très fantaisistes et même contradictoires les unes par rapport aux autres.

De même, Martin Luther en méconnaissance totale du commandement donné par l’Apocalypse : « si quelqu’un enlève des paroles à ce livre de prophétie, Dieu lui enlèvera sa part : il n’aura plus accès à l’arbre de la vie ni à la Ville sainte, qui sont décrits dans ce livre » (Ap 22, 19) va rejeter les sept livres de l’Ancien Testament simplement parce que ces livres juifs tardifs ont été écrits en grec et non en hébreu. Nous appelons ces livres « deutérocanoniques » ; lui les appelle, et désormais les protestants après lui, « apocryphes ». En fait, dans un premier temps, ils sont restés dans une partie distincte des Bibles protestantes avant d’être purement et simplement supprimés de leurs éditions en 1825 à la demande de la British Bible Society qui finançait les publications de Bibles dans plusieurs pays et langues. Il s’agit donc d’une suppression en deux étapes et, aujourd’hui encore, les protestants utilisent une Bible modifiée, frelatée, allégée de sept livres de l’Ancien Testament. C’est la raison pour laquelle un catholique ne doit pas utiliser les éditions protestantes de la Bible comme la Bible de Louis Segond par exemple.

Cette différence dans le nombre de livre explique que certains protestants, ignorant l’histoire de l’Église, accusent parfois les catholiques d’avoir « ajouté » des livres à la Bible alors que ce sont les protestants qui ont purement et simplement supprimé sept livres !

L’imprimerie

L’invention de l’imprimerie par le catholique Johannes Gutenberg au 15e siècle a rendu les Bibles beaucoup plus faciles d’accès et plus abordables financièrement. En effet, le premier livre que Gutenberg a imprimé était la Bible. Désormais, un nombre plus important de personnes allait ainsi y avoir accès. Même si, il faut bien le reconnaître, seules les personnes de milieu aisé, soit une toute petite partie de la population, savaient lire. Comme plus de fidèles avaient désormais accès à la Bible, la croyance de Martin Luther en une interprétation personnelle de la Bible s’affranchissant de la Tradition et du Magistère a hélas pu trouver écho et gagner en popularité.

Les traductions

Dès le début, l’Église s’est livrée à un travail de traduction. En effet, la Bible a été écrite en hébreu et en grec. À la fin du 4e siècle, saint Jérôme de Stridon, à la demande du pape Damase, traduit l’ensemble du Canon des écriture dans une version qui est appelée la « Vulgate », ce qui signifie « rendue accessible, rendue publique ». Cette traduction, quoique légèrement corrigée, est encore aujourd’hui un texte de référence dans l’Église latine.

Ceux qui prétendent que l’Église a toujours cherché à empêcher les gens de lire les Écritures ignorent également le grand travail effectué par de nombreux missionnaires catholiques pour traduire la Bible afin d’évangéliser. Ainsi, les saints Cyrille et Méthode, vers 836 après Jésus-Christ, ont inventé un alphabet afin de traduire la Bible et d’évangéliser les peuples slaves. D’autres traductions sont également apparues dans différentes langues européennes bien avant la Réforme protestante.

La même Église

À travers les âges, l’Église a gardé le principe qu’elle appliquait depuis le temps des apôtres : l’Écriture, la Tradition et le Magistère sont inséparables. Les protestants se sont accrochés au principe de « l’Écriture seule », un principe qui ne se trouve nulle part dans la Bible. En revanche, la Bible parle de la Tradition et la Bible a été compilée par l’autorité donnée à l’Église par le Christ lui-même. Aucun verset de l’Écriture ne justifie que « tout doit être biblique » et que « ce qui n’est pas biblique ne peut donc avoir droit de cité ». Les protestants, qui se veulent proches de l’Écriture, insèrent donc un prédicat qui n’est pas biblique et qui n’est consacré ni par la Tradition reçue des apôtres ni par le Magistère vivant de l’Église.
Le principe de « sola Scriptura » conduit à d’innombrables interprétations, parfois contradictoires, et donc à d’innombrables conflits, comme en témoigne le nombre infini d’ « églises » protestantes qui ne sont pas d’accord entre elles.

En conclusion

La Bible est un livre catholique à cause de son histoire et à cause de ce qu’elle est elle-même. Comme l’affirme le Catéchisme de l’Église catholique, « la foi chrétienne n’est pas une “religion du Livre”. Le christianisme est la religion de la “Parole” de Dieu, “non d’un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant” » (CEC n°108).

Quelques repères historiques en memento

Saviez-vous que tout cela s’est produit avant que le canon de la Bible ne soit officiellement déclaré ?

Vers 30-36 après J.-C., Jésus institue l’Eucharistie, le sacerdoce (Lc 22, 19), la confession (Jn 20, 23), le baptême (Mt 28, 19).

Vers 50-60, saint Paul écrit une lettre aux Thessaloniciens : le premier texte de ce que nous appellerons plus tard le « Nouveau Testament ». Dans la même période, les évêques tiennent leur premier concile (Actes 15), saint Paul décrit la succession apostolique (2 Tim 2, 2) ainsi que le célibat (1 Cor 7).

Vers 90, le pape Clément montre l’autorité de l’évêque de Rome au-delà de Rome.

Des chrétiens des années 100 peignent des images de la Vierge Marie, de Jésus et de symboles religieux dans les catacombes romaines et syriennes. Les chrétiens visitent les tombes des martyrs et expriment leur croyance en la « communion des saints ».

Vers 110, les derniers livres qui seront plus tard inclus dans le Canon du Nouveau Testament sont terminés.

Toujours vers 110, saint Ignace d’Antioche appelle l’Église « catholique » qui veut dire universel. Il affirme que l’Eucharistie est le vrai corps et sang du Christ.

Vers 150, saint Justin décrit les principales parties de la messe que nous observons aujourd’hui.

Dans les années 180, saint Irénée utilise la « tradition apostolique » comme un argument fort et exprime l’autorité supérieure de l’Église de Rome. Les termes « Trinité », « substance » et « sacrement » sont utilisés pour expliquer les réalités bibliques.

Vers 250, Saint Cyprien parle de « l’unité de l’Église catholique »

En 325, Le Symbole des Apôtres est réaffirmé et élargi pour clarifier l’enseignement contre les hérésies. C’est le Symbole de Nicée.

En 382, l’Église proclame le Canon officiel de la Bible.

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Frère Hervé

Je suis un religieux ermite, consacré dans cette forme de vie par mon évêque. Je réside en France et suis passionné par la recherche de la Vérité dans l’Écriture sainte, dans la philosophie et la théologie.