Pourquoi Jésus appelle-t-il sa mère « Femme » ?

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Dans l’évangile selon saint Jean, on constate que Jésus ne désigne jamais sa mère par son nom, mais par l’expression « femme ». Quel sens donner à cette expression ?
 
C’est vrai que Jésus n’a jamais désigné sa mère par son prénom, mais par l’appellation « Femme ». Cette attitude, qui pourrait friser une relation impersonnelle entre Jésus et sa mère, pourrait bien choquer les sensibilités. Cependant, avec un peu de recul, on comprendra tout de suite que le terme, au-delà de son premier sens, veut nous plonger dans le mystère de l’avènement de la véritable femme, selon le dessein de Dieu à la création.

Femme ! Au-delà du sens premier

Dans l’évangile selon saint Jean, Jésus n’appelle pas sa mère par son prénom Marie. Et pourtant, après sa résurrection, apparaissant à la Madeleine, Jésus l’a interpellée par son prénom : Marie ! (Jn 20, 16). Pourquoi donc appelle-t-il sa Mère « Femme » ? Quel sens cette appellation peut-elle avoir dans la bouche de Jésus ? On pourrait penser que Jésus voulait rompre les ponts avec sa mère, prendre ses distances avec elle et la tenir à l’écart de sa mission. Jn 2, 12 [1] contredit pratiquement ce point de vue. Avant d’en venir au sens précis de cette expression « Femme » dans le quatrième évangile, il faut retenir que celle-ci entre dans le langage ordinaire des Juifs : ‘Femme !’ ou ‘Homme !’, pour désigner la personne en face de soi. On voit Jésus s’adresser ainsi à Marie Madeleine en disant : « Femme, pourquoi pleures-tu » (Jn 20, 13) ou Pierre répondant à l’une des servantes à la cour du grand-prêtre : « Femme, je ne le connais pas » (Lc 22, 56.58).
 
Malgré cela, l’expression « Femme » n’a pas un sens tout ordinaire dans la bouche de Jésus. Elle a une signification fortement biblique, depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse. Il nous souvient que, dans le récit de la création, il y a eu la chute de l’homme, par la femme, sous l’instigation du serpent. En s’adressant au serpent, Dieu dit : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon » Gn 3,  15. À partir de ce moment, est annoncée, entre le serpent et le lignage de la femme, une lutte dont l’aboutissement sera soldé par la victoire de la descendance de la femme. Aussi appelle-t-on ce passage le Protévangile, ce qui veut dire le premier évangile, la première bonne nouvelle, annonciatrice d’une autre femme et d’une autre descendance, victorieuses de la ruse mortelle du diable. On comprend donc immédiatement que Jésus appelle sa Mère « Femme », en la sortant du cadre familial pour lui rendre sa pleine stature de la nouvelle Femme annoncée dans Gn 3, 15.

Marie, la nouvelle Ève, la mère de la famille des vivants par la foi au Christ

L’expression « femme » se trouve en deux endroits clés : aux noces de Cana « Que me veux-tu, Femme? Mon heure n’est pas encore venue » (Jn 2, 1-12) et à l’heure de la crucifixion « Femme, voici ton fils. Puis il dit au disciple : « Voici ta mère » (Jn 19, 25-27). Nous le répétons, cette expression vient au commencement et à la fin de la manifestation publique de Jésus et est associée à son Heure. La femme est donc là, au début pendant que l’heure n’a pas encore sonné comme à la fin en plein cœur de l’heure. L’expression « femme » a donc une relation intrinsèque avec l’Heure de Jésus, de sorte que la densité de ce terme déjà employée lors des « noces de Cana » ne peut se saisir qu’au pied de la Croix de Jésus.
 
Or que se passe-t-il à l’Heure de Jésus ? Il se passe que cette lutte annoncée en Gn 3, 15 atteint son sommet sur la croix ; par sa soumission en tout à la volonté de Dieu, jusqu’à la renonciation à sa propre vie, Jésus écrase justement la tête du serpent antique. Il détruit la mort introduite dans le monde par la séduction venimeuse du démon des origines. L’Heure du Christ est l’Heure de l’accomplissement de la bonne nouvelle du protévangile. Le lignage de la femme est victorieux du serpent. Cette femme est présente, en la personne de Marie. Cette présence explique sa participation à l’hostilité irréversible entre le tentateur et le Messie. Son identité de femme, la « nouvelle femme » éclate, comme en un feu d’artifice, au pied de la croix.
Du coup, alors que la victoire est pratiquement consommée, on découvre Jésus qui pose un ultime geste, pour porter l’écriture à son accomplissement : il dit à sa mère « Femme, voici ton Fils » et au disciple « voici ta mère » (Jn 19, 25-27). La boucle est bouclée. La nouvelle femme devient la nouvelle mère des disciples bien-aimés. Contrairement à l’ancienne Ève, qui pousse Adam à la désobéissance, Marie est la nouvelle femme annoncée dans le Protévangile, la nouvelle Ève, l’épouse soutenant l’époux dans la fidélité au vouloir divin. L’Heure de la glorification du Fils sur la croix est aussi l’Heure de la consécration de Marie comme la « femme annoncée dès les origines » (Gn 3, 15) et réalisée au pied de la Croix (Jn 19, 25-27).
[1] Jn 2, 12 : « Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n’y demeurèrent que peu de jours. »
Ce texte est copié du livre écrit par PP Jean et Guillaume OUSSOU-KICHO, 100 Questions Réponses sur la Vierge Marie
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Abbé Jean Oussou-Kicho

Je suis prêtre de l’archidiocèse de Cotonou (Bénin), ordonné en 2008, licencié en théologie morale. Directeur de complexe scolaire, je suis investi dans la pastorale des réseaux sociaux, devenus un nouveau terrain propice pour l’évangélisation et l’éducation des chrétiens

Cet article a 3 commentaires

  1. Grégoire DIMEKOI

    Merci beaucoup mon père pour l’enseignement que Dieu vous bénisse abondamment

    1. Fodjo Désiré

      Merci beaucoup mon père.
      Comment faire pour avoir ce livre pour une personne vivant en Côte d’ivoire ???

  2. Hounsou Lydia

    Merci beaucoup Père pour ces éclaircissements.
    Je veux savoir comment faire pour avoir ce livre ? Merci

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